La vie est parfois étrangement faite. Elle s’amuse de nos sentiments. Elle nous balance, elle nous balade, telle une carriole sur de vieux pavés. On a beau en battre le haut, certains dépassent encore. Ils nous heurtent, nous retiennent. On s’en libère, on y replonge. Sans jointures, ils nous cimentent. Sans polissage, ils nous agrippent. Sans arêtes, ils nous cisaillent. Parfaits contraires, oppositions subtiles… une harmonie cependant ! Anticipation et contrecoups règnent en maître au cours de ces détours. La roue carrée ne serait pas plus douloureuse que ces maudits pavés aux formes généreuses. S’élancer sans arrières pensées pour ne renoncer qu’à ses projets dogmatiques. Ceux-là même qui nous obsèdent quand nos choix se sont posés. Ceux qui s’immiscent dans ses songes profonds… Les desseins, enfin, qui se croisent dans les plaines reculées et dévastées de ce subconscient orphelin des idées primaires de cet être humain. Un enchevêtrement de chemins opposés filant vers le même destin : une vie sans fin.
La vie est parfois étonnamment faite. Au hasard d’un croisement, une inattendue rencontre vous ouvre la voie. N’imaginez pas qu’elle vous guidera ! Elle ne fera que fêler le loquet de l’antre cachée au fond de la vallée bordée de vos appréhensions démesurées. Ces hauts sommets ne sont que le reflet d’egos dispersés, de complexes momifiés, de désirs subjugués et d’a priori intériorisés. Reposant sur leurs socles solides, ces monts se fondent sur la splendide terreur de nos vœux enfermés. Point d’ouvertures, excepté la courbe dérobée. Mais pour la dévoiler, il suffit de laisser s’étoffer notre sentiment d’appartenance à un clan tiraillé depuis si longtemps. Une simple mise à mort orchestrée depuis l’éternité de notre naissance. Et attendre… Observer la lente fumée, guetter la pâle rosée. La fin d’un cycle, les prémices d’une envolée. S’évaporer ou se sublimer ? Il suffit de suivre ce signe. En un instant tout changera, se métamorphosera en une immaculée conception provenant des entrailles de ce terreau qui vous enserre et vous modère.
La vie est parfois subtilement faite. Tout simplement parce qu’elle nous attend sans nous contraindre. Elle nous relance dans la noirceur lumineuse d’une aventure désarmante mais à l’achèvement flamboyant. Le premier regard que l’on porte à ses aboutissements ne suggère que rarement un espoir décapant mais leurs penchants convergent en un point surplombant l’entière cité fortifiée de nos sentiments. Leurs pentes nous modèlent, les coups qu’ils nous assènent nous morcellent en fragments désordonnés. Une place à retrouver. Une histoire à reformer… ou à imaginer. Des expériences opposées désormais juxtaposées et mitoyennes. Des envies refoulées, aujourd’hui alignées. Une casse formatée. Un aveu d’impuissance transformé en un vœu de puissance. Se lamenter ne correspond qu’à l’étape d’éparpillement à surmonter entre la fuite et l’armement. Ce moment si incertain que l’on côtoie au quotidien. Cette jouissance impétueusement dissimulée parmi les pantins qui tintent à nos oreilles.
Tel un moulin broyant son grain, nos essences s’entremêlent avant d’imploser en une inconsistante fraction régurgitant nos ambitions d’union personnelles. Un signe… « Parfois »… à nous de l’apercevoir…
KagliostroF, 24 septembre 2007