Je ne comprends plus mes douleurs ni mes souffrances. Elles m’envahissent à une vitesse si folle que je n’arrive plus à la contenir, ni à la retenir, ni à y subvenir. Mon corps et mon cœur sont en état de siège. Au bord de la rupture, ils se referment sur eux-mêmes pour mieux résister mais ils se densifient trop pour me laisser un chemin de réflexion. Je n’arrive plus à penser, à réfléchir, à observer. Je n’arrive plus à être moi-même. Je n’arrive plus à dire ce que j’aimerais. Tant de choses m’oppressent. Ma conscience me fuit et se cache. Une noirceur m’envahit. Toutes ces idées que je hais mais qui sont belles et bien présentes. Toutes ces horreurs que l’on n’a le droit d’éprouver, toutes…
Mes organes s’entrechoquent, s’entremêlent et se condensent. Ce mal intérieur me fait tant souffrir, il m’habite. Mes intestins égorgent mes envies et mes désirs. Ils se vident de sang, ils perdent leurs espoirs… ils se remplissent de caillots de morve noire. Ma circulation s’arrête. Je me sens refroidir et partir. Je me sens mourir comme une vulgaire bête que l’on abat, comme un être dénué de sentiments, comme un gibier qu’on laisse pourrir après l’avoir braconné pour le plaisir. Ce plaisir de jouer avec les autres. Ce plaisir de détruire pour montrer notre force, notre puissance. « Cette folie ne montre que ton impuissance. Elle fait de toi un être incapable de penser, d’aimer, d’estimer ».
Désormais empli de ce vide, sans but, sans destination. Où dois-je aller ? Une telle décision m’est impossible à prendre. Je ne suis qu’un homme. Un homme en souffrance… un homme…
Je n’arrive plus à faire la part des choses. Pourquoi mes sens sont-ils si altérés ? Pourquoi, moi, que les autres disent si cultivé, suis-je incapable de voir où je vais ? Pourquoi les autres y arrivent ? A quoi sert cette foutue culture si ce n’est pour nous rendre malheureux. Mais prenez-la ! Pillez-moi ! Videz-moi de cette essence que je préfèrerais n’avoir. Otez-moi ce sens des choses. Je ne veux plus réfléchir. Pourquoi suis-je incapable de ne pas me poser de questions ? Pourquoi ? Un seul jour, un seul ! J’aimerais arrêter de pensée, arrêter de vivre. Tutoyer cette mort. Ressentir ce vide. Aborder le néant, le humer, le sentir m’envahir, me déchiqueter. Brule ma vie rien qu’une journée, une heure, un instant. Vide mon être de sa substance pour que je puisse le combler de tant de nouvelles choses futiles. De nouvelles émotions. De nouvelles visions. Des sentiments épurés, pardonnés, décuplés… inconscients.
KagliostroF, 15 novembre 2007
Des larmes coulent…