Les mots perdent leur sens dans de trop nombreuses situations. On les utilise, on les découpe. Les prononcer les use. Les écrire les fige, les assassine. Les pensées les éclaire, les densifie, leur donne du sens. Pourtant, les dire permet aux autres de les imaginer, de se les représenter voire de les rêver. Paradoxe sémantique ou simple dilemme sentimental ? Aucune affirmation, aucun mot ne peut l’expliquer. Du moins pas les miens. Chacun aimerait les entendre, te les voir prononcer. Chacun fondrait à l’énonciation de ces quelques mots. Les amoureux se les glissent à l’oreille, les couples se déchirent sur leur fréquence. Les solitaires espèrent pouvoir les supporter. Pourquoi n’en veux-je pas ? Ne me les donne pas ! Pas tout de suite… pèse les, ressens les, exprime les par tes sens… Attendre le moment opportun… Attends ! Ils prennent tellement de sens. Tant de chemins détournés permettent de montrer ce que l’on enfoui en notre être, en notre corps, en notre cœur. Il suffit de les exprimer, de les entendre de les laisser vivre. Trop de fois. Trop souvent. Trop lentement. Trop faiblement.
Trop de fois je les ai donnés. Trop de fois on me les a prononcés. Combien sont réellement venus à l’instant présent ? Combien se sont laissés intérioriser ? Combien ont simplement ricoché ? … Trop ! Trop de fois et sans réelle conviction ! Trop souvent… mais comment le reprocher ? Rarement je les ai dit et cependant souvent on me les a offert. Je n’arrive pas à les exprimer sans sentiment. Est-ce louable ? Est-ce méprisable ? Ou simplement normal, voire moral ? Je l’ignore… et peu m’importe… je suis ainsi. Etonnamment je change. Je crève de ne pouvoir donner ce que j’ai. Les rôles s’inversent. C’est à mon tour de me sentir rejeté et d’avoir envie de crier ce que je ressens. Pourquoi ? Ne me le demande pas !
Fuguons, fuguez… Je marche sur ce quai. Vent de face. Face cachée. Cachée par le doute. Elle brille. Un scintillement perdu dans mes yeux. Une lueur brille, mais pas comme à l’accoutumée. On ne prononce que ce que l’on croit. Et moi, je ne crois plus. Je pense, j’espère. Des souhaits. Je ne veux plus me retourner. Un passage unique. Espérer n’a rien de futuriste. Pourquoi l’espérance nous ferait-elle avancer ? Elle nous hante et nous retourne. Elle nous fait regarder le passé. Ce temps révolu. Ce temps où les gens ne vous voient pas. Ce temps où l’on vous félicite.
KagliostroF, 11 novembre 2008